Colloque international : Musique, disque, radio en pays francophones, 1900-1950

2 mai 2016

Colloque international, organisé par l’équipe « Musique française 1870-1950 : discours et idéologies ». Laboratoire musique, histoire et société (LMHS), Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (OICRM), Montréal, du 20 au 22 octobre 2016

Le disque puis la radio ont changé radicalement le rapport des musiciens et des auditeurs à la musique dans un temps relativement court, quelques décennies, entre 1900 et 1950. Si le moyen de graver les sons sur cylindre puis sur disque apparaît dès la fin des années 1870, c’est avec le XXe siècle et l’évolution des technologies de l’enregistrement qu’il devient un outil extraordinaire de diffusion de la musique. La radio arrive dans les foyers au tout début des années 1920 et en une dizaine d’années provoque une nouvelle révolution médiatique, profitant entre autres du disque. La musique compte désormais sur le disque et la radio pour sa diffusion auprès d’un public de plus en plus large.

En langue française, des études importantes ont déjà abordé alternativement l’un ou l’autre de ces médias. Les travaux de Sophie Maisonneuve sur le disque et ceux de Cécile Méadel, de Pierre Pagé ou de Philippe Caufriez sur la radio dressent des portraits révélateurs d’un monde musical en mutation. Mais les travaux sur la musique diffusée et les rapports qui s’établissent entre la création musicale et ces nouveaux médias avant 1950 (c’est-à-dire, avant l’affirmation des bureaux de la radiodiffusion de Paris, Cologne et Milan en tant que lieux de l’expé-rimentation des musiques concrètes et électroniques) sont nettement moins nombreux, même si d’importantes études balisent ce champ de recherche : par exemple, celles de Christophe Bennet5 ou de Karine Le Bail6.
Dans les pays francophones, le disque circule rapidement, mais la radio prendra plus de temps à s’implanter que dans des pays comme l’Angleterre, les États-Unis ou l’Allemagne7. Malgré cette percée plus lente, l’occupation des ondes hertziennes tout comme la vente du disque deviendront des enjeux stratégiques pour les compagnies tant européennes qu’américaines qui, dans la dynamique d’une commercialisation à grande échelle, adopteront des modèles d’affaires privilégiant certains genres, des artistes plus connus, des compositeurs et des oeuvres plus célèbres que d’autres. En contrepartie, la radio jouera un rôle d’éducation qui sera très rapidement repéré par les principaux intéressés, dont les artistes et les instances gouvernementales qui régiront la radiodiffusion en la contrôlant de plus en plus par la création des postes « nationaux ». La musique est évidemment au centre de la production discographique, comme elle est l’objet central de la radio, et ce, dès les débuts de la radiodiffusion. Mais les questions technologiques, le cadre économique et les objectifs sociopolitiques imposent des façons de faire, des modèles qui ont un impact direct sur la production musicale. Quel est-il ?

Les recherches sur le domaine peuvent s’appuyer sur un nombre grandissant de sources. Les moyens technologiques du numérique donnent accès à un nombre sans cesse croissant d’enregistrements discographiques et radiophoniques de la période. Les archives des radios et des revues spécialisées renferment une quantité impressionnante de documents qui n’ont été que peu exploités jusqu’à présent. L’immensité du champ de recherche qui s’ouvre ici explique peut-être qu’il n’ait pas encore été abordé systématiquement8. Ce colloque, qui s’accompagnera d’un atelier intitulé « Mémoire musicale et résistance dans les camps » (organisé par Marie-Hélène Benoit-Otis et Philippe Despoix), souhaite offrir aux chercheurs l’occasion d’explorer conjointement les relations entre la musique, le disque et la radio en s’interrogeant sur 1) les interactions entre les médias et le transfert intermédial, 2) l’adaptation artistique des compositeurs et des interprètes aux nouveaux moyens de diffusion et 3) les conséquences sociales, économiques et esthétiques de l’arrivée du disque et de la radio pour l’activité musicale. Le cadre des pays francophones permettra d’établir des comparaisons, mais aussi des liens entre les « marchés » du disque et les réseaux radiophoniques qui naissent à l’époque. Il permettra aussi de faire apparaître les nouveaux modes de circulation des artistes et des oeuvres au sein d’une communauté linguistique confrontée aux impératifs d’une internationalisation de la production musicale.

Les communications en français ou en anglais d’une durée de 20 minutes pourront privilégier des approches archivistique, historique, esthétique, analytique, sociologique ou géographique. Les propositions de panels regroupant plusieurs communications autour d’un sujet spécifique sont les bienvenues. Les propositions soumises doivent contribuer à au moins un des six grands axes que ce colloque souhaite aborder :

1) Technologie
le progrès technologique : les rapports entre l’art et la technique
le son enregistré : qualité de l’enregistrement et qualité de l’écoute/réception
l’artifice de l’enregistrement

2) Public
l’éducation de la nation par la radio et le disque
la contribution du disque et de la radio à la culture de masse
les effets de la diffusion par le disque et la radio sur la mémoire musicale collective (cas de la musique au front, dans les camps de concentration, etc.)

3) Création
la naissance des genres radiophoniques
le compositeur face aux contraintes technologiques
l’interprétation pour le disque
l’interprète face aux exigences techniques du studio
la médiatisation des vedettes
le rapport entre le succès en concert et la consécration sur disque

4) Nouveaux métiers
les acteurs du virage technologique de la musique : techniciens, réalisateurs, présentateurs, speakers et disquaires
les observateurs du changement : chroniqueurs, critiques de disques, revues spécialisées

5) Esthétique
la nouveauté de l’écoute répétée et son impact sur la perception esthétique
le concept de « radiogénie »
la légitimation de ces nouveaux médias

6) Programmation discographique et radiophonique
la constitution d’un répertoire, d’un canon
le mélange de genres
parler de musique : causeries, présentations de concerts, cours radiophoniques
la radio et la propagande

Pour toute question : judy-ann.desrosiers@umontreal.ca.

Comité d’organisation :
Michel Duchesneau (professeur titulaire, Université de Montréal, directeur de l’OICRM)
Federico Lazzaro (stagiaire postdoctoral, McGill University/OICRM)
Liouba Bouscant (stagiaire postdoctorale, Université de Montréal/OICRM)

Coordination :
Christine Paré (coordinatrice OICRM, site Université de Montréal)
Judy-Ann Desrosiers (coordinatrice de l’Équipe Musique française, LHMS/OICRM)

Comité scientifique :
Christophe Bennet (Paris-Sorbonne)
Marie-Hélène Benoit-Otis (Univ. de Montréal)
Liouba Bouscant (Univ. de Montréal)
Philippe Despoix (Univ. de Montréal)
Michel Duchesneau (Univ. de Montréal)
Federico Lazzaro (Univ. McGill)
Sylvia L’Écuyer (Univ. de Montréal)
Karine Le Bail (CNRS)
Pascal Lécroart (Univ. de Franche-Comté)
Marie-Thérèse Lefebvre (Univ. de Montréal)
Sophie Maisonneuve (Univ. Paris Descartes)

 

Du 20 au 22 octobre 2016
Montréal